Texte écrit pour Azacamopol dont la consigne est:
un moment particulier en hiver.
Bonne lecture , laissez-moi vos impressions....
une douce veillée
Cette année: vacances de Noël chez mes grands parents dans un joli bourg de sologne.
Tout est calme,la nature est figée dans le froid de décembre.
Sur le calendrier l’hiver est annoncé demain!
L’air s’est déjà paré d’une voilette blanche telle une mariée, il est dix sept heures , des coulées d’encre envahissent peu à peu le ciel…la nuit s’installe feutrée.
Ma grand-mère enclenche le volet sur la porte d’entrée et nous nous calfeutrons tous les trois: grand père ,grand-mère et moi dans la douceur de la pièce où la cuisinière à bois ronronnante fait mijoter la soupe au pain de ce soir.
Nous dînons en écoutant les nouvelles diffusées par le vieux poste de radio . Il est vingt heures. Après le repas,grand-mère prend son ouvrage, grand père avance son Voltaire près du feu, s’assied, déplie son journal,croise ses jambes l’une sur l’autre et moi, je m’installe à califourchon sur son pied en balancier qui me berce doucement et rien que pour moi, à mi-voix, pour ne pas troubler ce silence,je murmure « petit papa Noël… » en rêvant ….
La comtoise égrène les minutes patiemment….
Ah? toc toc deux petits coups secs frappés sur le volet, je me retourne vivement , le cœur battant.. la poignée tourne doucement, la porte s’ouvre lentement et dans la bouffée d’air froid s’avance une longue silhouette noire , la tête enfouie sous un châle crocheté noir d’où sort une voix cassée :
« bonsoir la compagnie fait ben frouais c’soir, ça va g’ler ou neiger ça c’est sur!! »
Mémère Aline!!!!
Tout le monde dans le village l’appelle ainsi!
Je me jette à son cou, j’aime beaucoup quand elle vient passer la soirée avec nous, la conversation s’anime,grand-père commente la une ,les femmes refont la vie du bourg. J’écoute sagement ces grandes personnes autour de moi qui prennent plaisir à bavarder de tout, de rien, sans juger, juste pour agrémenter leur soirée.
Vient le moment de la « goutte », servie dans de jolis verres à facettes, j’ai le droit de « faire un canard » dans le verre de Mémère Aline qui rit en me voyant faire la grimace et tousser en avalant le sucre imbibé de liqueur d’orange…..c’est bon….
Et les heures s’écoulent paisibles,mes paupières s’alourdissent, il est temps pour Mémère Aline de remonter le raidillon qui sépare nos deux maisons.
Je m’agrippe à elle pour lui faire « un bi », elle me sourit en me disant « bon’ nuit la ch’tite , à demain ».
La comtoise chante ses douze coups de minuit,on ouvre la porte …
un tapis blanc immaculé s’est invité….il a neigé,
je n’ai plus sommeil ,le calendrier a tenu sa promesse….
c’est l’hiver!